/// 3 juillet 2014 ///

Retro Graffitism (1/2)

MEA_Retro

Ces deux dernières années, sur Paris, un crew apparu au début des années 90 a fait un comeback remaqué : ce crew c’est les KCA. Parmis ces membres, Toons aka Retro.

Extraits d’entretien avec Retro

J’ai rencontré FORM et WEISS en 1986, à l’école, qui ont créé le groupe KCA en 1989. Je les ai rejoint en 1990/1991 en posant avec différents pseudos avant de trouver TOONS en 1992. A cette époque, je voulais entrer à l’école des Gobelins pour apprendre l’animation, et comme j’ai toujours été fan de CARTOON et donc de TOONS, ce pseudo me semblait avoir du sens.(…)

En 1995/96, je commence à peindre dans des squats, à l’intérieur lesquels étaient organisés des grosses teufs. En plus des peinture sur les murs, je peins sur des planches en bois que je commence à découper, en suivant les formes des personnages peints dessus. Je sens très vite une attirance pour le volume, ensuite je commence à faire des maquettes de lettrages avec du carton plume peint à l’Aérographe et du marqueur, je commençais à superposer les couches de lettres, comme on le faisait sur murs. (…)

Quelques embrouilles avec la justice, un procès et 3 mois de sursis comme punition qui me pendait au bout du nez m’ont calmé. J’ai donc ralenti les sorties nocturnes et le graffiti en général, ne peignant que très occasionnellement entre 1996 et 2001.

En 2000 j’ai intégré une grosse agence de communication WEB, en tant qu’illustrateur/graphiste, mais j’ai toujours continué à travailler dans mon atelier aménagé chez moi. Je peignais sur des toiles, du bois, avec du goudron et des matériaux plutôt destinés aux travaux qu’aux beaux arts, je lisais beaucoup les écrits de Pierre Soulages à cette période.(…)

J’ai donc pu combler quelques lacunes, et découvrir la typographie sous un autre angle. J’ai aussi beaucoup testé les effets de matières avec photoshop, pour simuler l’usure, en prenant des photos de tout ce que je voyais usé dans la rue, et en me créant des « brosses » (un outil dans photoshop qui permet de reprendre les formes pour en faire une sorte de « tampon »), d’où mon attirance pour les matières et les patines.(…)

EN 2007 je commence à faire des lettres en volume à base de bois découpé, mais la sauce ne prends pas. Trop « maquette », pas assez graffiti.

Je continue et en 2009 je commence à mettre plus de volumes sur les lettres en créant des facettes.

Ce n’est pas encore ça, je teste des artifices plus graffiti mais je me rends compte que je ne maîtrise vraiment plus du tout la bombe, plus l’habitude. Donc, à force de tourner en boucle dans mon atelier, je me décide à reprendre des bombes et je pars faire un mur. Déclic donc en 2011, je recommence à peindre, et là, l’envie revient immédiatement : J’ai envie de peindre, beaucoup. Le problème, c’est qu’au niveau graffiti, je suis complètement largué. Je commence à regarder un peu sur le web, et j’ai acheté quelques GRAPHOTISM, magazine que je trouve assez bien foutu. Grosse tarte dans la gueule, techniquement, c’est devenu ultra impressionnant. Forcément, on fait des comparaisons dans ce genre de cas.

J’ai fait quelques peintures, et je me suis vite rendu compte que ce que je faisais était totalement ringard et dépassé. à des années lumières de ce qui se fait maintenant, sans parler des courants à la mode, mais la technique est vraiment à un autre niveau.

D’où la remise en question, je ne vais pas essayer de faire ce que font les autres, qu’ils feront toujours mieux que moi, donc autant créer mon univers en fonction de ce que je suis et de ce qui m’anime.

  • J’aime les vieilles typos surtout, pour simplifier de 1880 à 1980. Avec une typo, tu peux ancrer les spectateurs dans une période ou un contexte, c’est immédiat.
  • Ce qui me fait tripper, ce sont les marques d’usures dans la rue, sols, murs, surfaces diverses, je me dit que je voudrais pouvoir découper ce fragment de mur et le fixer chez moi, je trouve ça « beau ».
  • J’aime travailler le bois et le volume.
  • J’aime tout ce qui est vieux, patiné, qui sent le vécu, l’objet qui a traversé des décennies.
  • J’aime peindre des murs, peindre en grand.

A force de lire les parcours d’artistes qui ont écrit l’histoire de la peinture et du graphisme (surtout moderne et contemporaine) de Mucha à Cassandre, en passant par A. Calder, P. Mondrian, M. Rothko pour les plus connus ou des illustrateurs actuels comme S. Bisley, A. Wood, J. Jean, j’ai beaucoup réfléchi afin de trouver quelque chose qui me corresponde. Certains livres comme « Du spirituel dans l’art » de Kandinsky m’ont profondément marqué.

On peut penser que trop intellectualiser l’art nous fait parfois perdre le fil de ce que l’on recherche vraiment. Personnellement, ça m’a construit, j’ai pu commencer par poser les premières briques. (…)

Les écrits de C.G. JUNG m’ont aussi beaucoup apporté, notamment sur la répétition de motifs, du côté hypnotique de certains éléments graphiques, comme les mandalas.

Sélection de murs peints en 2012

Qu’est-ce que le Retro Graffitism?

Le courant dit « RETRO FUTURISME » ouvrait d’infinies perspectives, alors je me suis posé la question : « Et si le graffiti avait émergé avant et ailleurs ». Bien sûr, il a toujours existé, de la préhistoire à l’Egypte ancienne, en passant par le moyen âge…mais au travers de cette interprétation c’est le « simple » fait d’écrire sur des surfaces verticales qui me fait me questionner. Pourquoi l’Homme a-t’il toujours voulu laisser une trace ? Pas forcément belle, pas forcément là où elles devaient être, mais laisser une empreinte, comme une façon de se dire que dans plusieurs générations, il « existera » encore. Laisser une trace qui lui survivra…vaste questionnement.

Alors voilà le concept : « Et si ? »

Et si le graffiti (version tagueur et graffeur) avait débuté avant la seconde guerre mondiale par exemple ? (nous n’en sommes d’ailleurs pas loin avec le cas de « kilroy was here ») Visuellement, à partir des typos utilisées à cette époque, quel look aurait-il maintenant ?

Et s’il avait émergé en plein Japon féodal ?

En partant sur cette idée, qui réunissait tout ce que j’aimais, je me suis rendu compte que le sujet était sans limite, mais surtout, qu’il me permettrait d’explorer tous les courants graphiques imaginables. J’emmagasine les livres depuis une vingtaine d’années, sur des sujets assez vaste, dont le point commun est le visuel, photo, graphisme, archi, artisanat, peinture etc. ça me fait une base solide pour amorcer ma recherche sur les travaux à venir, plus le web et la quantité d’informations à disposition, je suis loin d’avoir fait le tour.(…)

Sélection de dessins

 

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