/// 7 juillet 2014 ///

Retro Graffitism (2/2)

MEA_Retro2b

Deuxième partie de l’entretien avec Retro  (Lien vers la première partie)

Tu présentes en ce moment à la Galerie du jour une exposition mêlant dessins et sculptures de lettres. Peux-tu nous présenter ce travail?

J’ai toujours un carnet et de quoi écrire/dessiner sur moi. Je note des idées constamment, souvent qui passent à la trappe, mais le fait d’écrire me permet de les « inscrire » plus facilement dans la tête. J’ai une mémoire visuelle, j’enregistre mieux de cette façon.

(…)

D’un côté, j’ai l’illustration, en ce moment en noir & blanc principalement. Je viens d’y intégrer de la couleur, en fonction des encres trouvées qui s’adaptent aux Rotring que j’utilise (il s’agit de stylos avec des pointes ultra fines, les plus fines dont 1/10ème de millimètre, qui sont destinés à l’origine au dessin industriel). Ça me permet surtout de me lâcher sans penser à des éléments qui seraient impossibles à fabriquer.

La plupart du temps aucune esquisse n’est faite, tout est tracé directement à l’encre, ça permet d’aller à l’essentiel sans tortiller et gommer pendant des plombes. Je trace quand-même au crayon les diagonales, les arrondis et les formes géométriques. Tout ça prend forme un peu tout seul, un trait peut donner une maison et tout le thème après en découlera.

De l’autre côté, il y a les objets en volumes, qui sont des assemblages de lettres, souvent des typos bien marquées d’une période (1930 par exemple) que je compose de A à Z. Je ne pars jamais de lettres existantes; comme des enseignes récupérées. Par contre je trouve souvent dans la rue des portes d’appartement, qui sont fréquemment en chêne et que je découpe afin de créer des lettres. D’où l’apparition de moulures sur mes pièces, de poignées ou de systèmes de fermetures. J’ai un atelier, dans lequel je travaille, ça fait presque 20 ans que je découpe et assemble du bois, je commence à être un peu outillé, et une fois qu’on maîtrise quelques machines, comme la scie sauteuse, le reste vient très vite. J’ai testé à plusieurs reprises la toile, sans avoir jamais réussi à sortir quoi que ce soit qui tienne la route. Je ne sais pas pourquoi, ça n’est pas du tout un matériau avec lequel je suis à l’aise, trop fragile peut-être. J’ai besoin de sentir le poids, la matière, de poncer, découper, d’assembler…c’est un plaisir difficilement descriptible que de voir apparaître des objets à partir de matériaux sommaires.

J’ai mis du temps à faire les premières, car de nouveaux problèmes apparaissent à chaque fois et il faut toujours se casser la tête pour y remédier. (photo 9)

  • Comment avoir des couleurs intenses et profondes ?
  • Comment recréer l’usure et simuler le passage du temps ?
  • Comment fixer et assembler tout ça, pour que ce soit vendable et que ça fasse le plus professionnel possible ?
  • Quels produits utiliser, et dans quels cas ?

Presque à chaque projets, de nouvelles questions émergent, afin de rendre ça le plus « parfait » possible. Je vais chercher la peinture d’un côté, les outils de l’autre, tel autre produit ailleurs…

Ce qui est intéressant, c’est de créer quelque chose, que pour le moment, personne ne pourrait faire…exactement pareil j’entends. J’utilise des produits qui ne sont pas destinés à tout ça pour les finitions, pour le reste, c’est assez simple : graffiti. Des bombes, des marqueurs. Olivier chez Créa street, m’a énormément aidé d’ailleurs, en fonction de mes demandes toujours bizarres, il a su toujours me conseiller, ce n’est pas de la pub, que de parler de lui ici, mais il joue un rôle de conseil qui a vraiment été primordial.(…)

Pour ce qui est de l’inspiration, comme évoqué plus haut, ça peut venir de n’importe où. Je suis un extrêmement influencé par certains graphistes/peintres/illustrateurs. Pour la peinture, c’est vraiment très vaste, les graphistes, il y en a aussi des tonnes, mais Saul BASS revient très souvent. Raymond LOEWY pour son approche ultra innovante, un livre retraçant sa vie a aussi été déterminant pour moi. C’est con à dire, mais en lisant les parcours comme le sien, je me sens moins isolé, ça me donne confiance, ne pas se laisser toucher par la masse, toujours chercher à être à la pointe. Kandinsky, le démontre d’ailleurs très bien avec son exemple de pyramide. (…)

Tes dernières peintures sur mur intègrent de grands disques, comme des boucliers, et d’autres parties un peu plus trash avec des câbles qui pendent. Qu’essaies-tu de représenter ? Tu es passé de pièces très lisibles, avec des lettres très typographique à des ensembles plus abstraits qui ressemblent plus à des vaisseaux spatiaux…

Alors, chacun y voit ce qu’il veut. Certains décèlent un bateau, d’autres un vaisseau. Je ne cherche pas à représenter quelque chose en particulier.
J’aime cet amalgame de lettres, de fragments d’enseignes électriques avec des câbles partout. Un peu comme pour symboliser le déclin de ces villes gargantuesques dans lesquelles nous vivons. Des villes malades ultra urbaines ou la publicité est omniprésente.

Ce qui me passionne aussi c’est la structure de la lettre. Comment garder l’essentiel de celle ci ?
Comment garder la base, qui permet une certaine lisibilité, tout en créant une forme graphique qui peut vivre indépendamment ?
C’est en gros ce que je cherche à travers ces trois représentations du même sujet, la structure typographique.

 Tes projets futurs?

Explorer d’autres courants graphiques plus ou moins connus, et surtout, ce que je recherche particulièrement c’est la création « d’espaces ».
Comme une toile de Turner qui crée un espace, un monde, le temps du visionnage, un environnement qui suggère un moment avec une ambiance propre. Réussir à faire surgir des sentiments, comme c’est le cas plus souvent avec le figuratif, une photo ou un film. Là il s’agit de recréer ça à partir de compositions graphiques constituées de typos, de matières et de couleurs.

Pour la suite, j’aimerais faire une grosse expo en remixant le travail de mes potes et de ceux dont j’apprécie le travail. En gros travailler une base avec plein de morceaux, demander à une personne de peindre/illustrer des fragments, et après les redécouper et les remixer. C’est vraiment le terme le plus adapté je crois, déconstruire une base et la recombiner à ma sauce.

C’est aussi une façon de penser que je retrouve dans le travail des TRBDSGN avec qui je peins, et leurs potes. C’est motivant de travailler avec des personnes qui savent dépasser les codes bien trop établis du graffiti, tout en gardant la substance et l’énergie de base de celui-ci. Chacun sa vision de ce mouvement, et ses attentes, pour moi, il n’y a pas de codes, tout le monde peut en faire et il évolue sans cesse.
C’est ce qui m’attire le plus, bousculer les règles et l’ordre établi, et c’est à mon sens le résumé de l’Art; ça et être là où on ne t’attend pas.

 Sélection de murs peints récemment

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