/// 23 avril 2014 ///

Vinnie Nylon

MEA_Nylon

Actif depuis plusieurs décennies, Nylon fait partie de cette génération d’artistes anglais, bercés au punk et qui ont rencontré le graffiti au milieux des années 80.
Portrait en quelques questions :

Où vis-tu? Londres?

J’habite à une heure de Londres. On s’y retrouve avec mes amis artistes, j’y expose dans deux-trois galeries et j’ai pris part à quelques expos collectives. Il y a une bonne scène et une bonne énergie créative à Londres. J’essaie d’aller y peindre dès que je peux.

Pourrez-tu décrire ton travail en trois mots?

Bien sûr, je te laisse choisir parmi ces merveilleux choix multiples :
A – Simplement le meilleur, B – Pop couleur bonbon, C –  Mieux que de bosser, D – Volé à la commande, E – Rien de neuf en stock

Ton travail dégage une forte ambiance « années 60 ». Qu’est-ce qui t’attire dans cette époque?

Je suis à fond dans l’art et le design d’après-guerre depuis la fin des années 80. J’ai toujours aimé les publicités des années 50, le  pop art des années 60  s’en inspire fortement. Jouer   avec cette réserve d’images était trop tentant, c’était une évidence pour un collectionneur de verres et de jouets vintage comme moi, et tous les objets de collection qui appartiennent à cette époque attirent mon attention.

C’est souvent coloré, optimiste mais avec un arrière-fond un peu sinistre. Ça reste une époque qui était difficile, tout n’était pas si rose derrière les apparences. Mon attirance pour cette époque est à double-tranchant, j’en adore le graphisme mais je suis aussi extrêmement intéressé par le basculement global de la pensée, que ce soit pour les droits des Noirs, des femmes, la guerre du Vietnam et les mouvements pacifistes, les émeutes de mai 68, la course à l’espace, l’assassinat de Kennedy, et ainsi de suite. Pour moi, c’est la décénnie où tout a changé et de cette révolution à émergé le pop art.

C’est quoi le délire autour de ces gouttes souriantes?

J’appelle ces gouttes des Soda Pops, j’ai commencé à les dessiner en 1995. A ce moment-là, je faisais une pause de quatre ans sans graffiti mais je faisais toujours de la peinture et je vendais des toiles, des panneaux en bois, des sérigraphies…Les Soda Pops représentent tout-à-fait le double visage des années 50-60 auquel je faisais référence : on peut voir ça comme une goutte de soda, sucrée, doucereuse, joyeuse et souriante. D’un autre côté, on peut y voir le symbole du masque des média, une larme, synonyme de tristesse mais avec un sourire débile qui semble nous dire que tout va bien se passer, qu’il faut sourire malgré la pluie, malgré la douleur, malgré les larmes.

Ils sont devenus mes hommes à tout faire, ils résument bien cette époque d’optimisme en plastoc, ou de Poptimism comme je l’appelle parfois. Une armée de Soda Pops qui a su se montrer très appréciée parmi les gens qui achètent mes œuvres,  certains peuvent comprendre le message qu’il y a derrière, tant mieux, sinon tant pis.
On peut voir ce que l’on veut dans l’art, je n’ai pas envie d’être trop directif sur ce que les gens doivent voir dans mon travail.

Je me rappelle qu’à une époque, tu posais « Le Tigre »? Pourquoi? C’est un référence au groupe de rock?

Tout-à-fait! J’ai de suite compris que Le Tigre serait un super groupe quand j’ai découvert que c’était Kathleen Hanna qui en était l’instigatrice; Kathleen Hanna, ex Bikini Hill, sans doute l’un des meilleurs groupes de punk féministe.

Quand j’ai eu la chance de les voir à Brighton dans les années 90, c’était un plaisir rare et un concert très intime. C’était un vrai spectacle, il y avait des images et extraits sonores, des trucs sur les anciens mouvements pacifistes, ça m’a rappelé plein de choses de l’époque ou je militais avec le CND (Campagne pour le Désarmement Nucléaire) et où les gens en avaient quelque chose à foutre de ce qui se passait dans le monde… Kathleen nous a raconté comment elle s’était fait arrêtée à la douane et quand on lui a demandé ce que des filles de New York venaient faire, quelle musique elles jouaient, elle leur a répondu « De l’électro punk new-wave féministe bien sur! ». La salle a ri. Moi j’étais sous le charme. Je les ai revues quelques fois à Londres et à Bristol, et je serais le plus heureux si je peux les revoir encore.

J’ai posé des noms d’autres groupes, comme Blondie, Ruts, Wire, selon mon humeur mais j’avoue que Le Tigre sont mes favoris.

Quelle place tient la musique dans ta vie? Dans ton travail?

J’écoute de la musique 24 heures par jour, je dors avec le son allumé. En général, j’ai toujours une petite radio ou mon Ipod sur moi, surtout quand je voyage, ça devient vital quand je peins un mur.

J’écoute un peu de tout mais mon régime est surtout à base de Punk, de New Wave, de Post Punk, des trucs de Leftfield, de l’electro, un peu de disco, de la fold des 70, des BO de films des années 60, de la Lounge, de l’exotica, du Dub, du Reggae, garage punk…bordel, de plein de trucs en fait! Je deviendrais fou si je ne devais écouter qu’une seule chose. Mais ouais, de la musique, de la musique tout le temps!

Pourrais-tu nommer 3 artistes qui selon toi méritent d’être plus connus? Un artiste français parmi tes préférés?

Généralement, si t’es connu, c’est parce que tu le mérites ou que tu as travaillé dur pour ça, donc pour moi, c’est un peu une question piège…

J’aimerais voir mon pote Word to Mother réussir, c’est un bosseur, un laborieux à l’ancienne, en tant qu’illustrateur et artiste il est vraiment très talentueux. Il fait des choses magnifiques sur des morceaux de bois de récupération, et ça depuis un bout de temps, avant que ça ne soit à la mode. Je pense que pour lui la boucle est bouclée, parce qu’il est reconnu pour ce qu’il fait et qu’il le fait bien.

Il y aussi Sweet Toof, au delà de ses dessins faussement cartoon de dents et de gencives, c’est un peintre sérieux, c’est vraiment ce que j’appelle un vrai artiste, il mérite de toucher le pactole!

Après les artistes français, il y en a tellement! Mais j’ai eu la chance de rencontrer Horfé quelques fois. Il a le style et le flow décontracté que seul des années d’acharnement permettent d’atteindre, il sait ce qu’il fait, c’est relaché. A coup sûr dans le top 5 de mes Froggies préférés!

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